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A la recherche d’une thérapie biologique de la surdité

Prof. Dr Med. Pascal Senn
Méd. Chef de Service, Dpt des Neurosciences cliniques
Service ORL et Chirurgie cervico-faciale, HUG

Le Pr Senn nous a exposé les méfaits de l’hypoacousie avec plus d’un milliard et deux cents millions de personnes atteintes, dont 6,5% souffrent d’une hypoacousie invalidante. La perte des cellules ciliées de l’oreille interne mène à une surdité irréversible. Il n’y a pas de traitement causal, tout au plus des aides auditives peuvent améliorer le confort. L’implant cochléaire permet à nouveau la perception de la parole chez un sourd profond, mais l’implantation est invasive.

Les cellules ciliées de l’oreille interne de vertébrés non mammifères (poule, grenouille, poissons) se renouvellent spontanément ou régénèrent après destruction par traumatisme acoustique ou ototoxicité, alors que les vertébrés mammifères ont perdu cette faculté. Dès lors, des facteurs comme les traumatismes sonores, les drogues ototoxiques, la maladie de Ménière, vont créer un stress oxydatif aboutissant à la génération de radicaux d’oxygène libres (ROS dans le diapos ci-dessous) par l’enzyme NADPH oxidase (NOX) aboutissant à la destruction cellulaire ainsi qu’ à la presbyacousie.

On peut ainsi formuler l’hypothèse que l’absence des enzymes NOX dans l’oreille interne protégerait de la perte auditive liée à l’âge. Cette hypothèse a été testée en comparant deux lignées de souris, dont une avec enzymes NOX présentes dans l’oreille interne (wild type –« WT » dans l’image ci-dessous) et l’autre sans NOX dans l’oreille interne (p22 phox-/-). Effectivement, les souris transgéniques sans l’enzyme NOX dans l’oreille interne ont été protégées quasi-complètement de la presbyacousie et ont pu préserver leur fonction auditive ainsi que les cellules ciliées et les neurones auditifs dans l’oreille interne en viellissant. Les lignés de souris avec les enzymes NOX wild-type (WT) sont devenues complètement sourdes en vieillissant de quelques mois et avec perte des cellules ciliées et des neurones auditifs. Donc en résumé, si les enzymes NOX sont inactivées, l’oreille interne est protégée d’une surexcitation induite par des facteurs spécifiques (visible ci-dessous Otoferlin, Glutamate, Slc17a8 et Ca2+) et finalement de l’hypoacousie liée à l’âge, au moins dans cette ligne particulière de souris. Cette découverte ouvre maintenant des portes pour dévélopper des thérapies ou des préventions de la presbyacousie (surdité liée à l’âge) en ciblant la fonction des enzymes NOX dans l’oreille interne, soit par des thérapies médicamenteuses ou moléculaires.


L’oreille bionique :

Comment nos connaissances fondamentales ont été transformées en application clinique

Mme PD Dre Sci. Angélica Pérez Fornos, Ing. Resp. CHURIC, HUG

L’auteure nous rappelle tout d’abord les structures de l’oreille interne, essentiellement les structures vestibulaires (canaux semi-circulaires, saccule et utricule) ainsi que leur fonctionnement et leur rôle dans la perception des mouvements de rotations, de translations et en regard de la gravité. Il faut considérer que l’équilibre constitue un sixième sens, au même titre que la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher.

L’impact réel d’une perte sévère de la fonction vestibulaire reste en grande partie méconnue, mais il en résulte entre autres une instabilité, des oscillopsies (perception erronée d’une instabilité de la scène visuelle), une dégradation des fonctions cognitives, des difficultés de concentration, une fatigue accrue, des troubles du sommeil, etc. Le tout est aggravé par l’absence totale de traitement causal ou symptomatique.

Depuis une dizaine d’années, Genève est à la pointe mondiale dans le développement de l’implant vestibulaire, pour réhabiliter les patients avec une perte totale de la fonction vestibulaire des deux oreilles. L’implant vestibulaire fonctionne suivant le même concept de l’implant cochléaire : l’utilisation d’un capteur de mouvements électronique externe (un gyroscope) qui contrôle des courants électriques délivrés aux branches du nerf vestibulaire.

Le concept développé à Genève est celui d’un implant vestibulo-cochléaire (voir figure ci-dessous). Le système comprend un processeur vocal qui se charge de transmettre les informations sonores via des électrodes insérées dans la cochlée (organe de l’audition) ainsi qu’un gyroscope qui se charge de transmettre les informations de mouvements de la tête via les électrodes vestibulaires.

Avec ce système nous avons pu démontrer la restauration de fonctions perdues lors d’un déficit vestibulaire bilatéral, allant de « simples » réflexes vestibulaires aux fonctions « complexes » comme la stabilisation du regard lors de mouvements (par exemple la marche) et même le contrôle postural.

En conclusion, l’implant vestibulaire semble être une alternative prometteuse pour la restitution de ce sixième sens qu’est l’équilibre. Nous sommes donc très confiants que l’implant vestibulaire pourra aboutir à une application clinique dans les années à venir.


Restauration de l’odorat après trauma crânien : quoi de neuf ?

PD Dr Basile Landis
Responsable de l’Unité de Rhinologie-Olfactologie
Service ORL et Chirurgie Cervico-faciale
HUG Genève

L’auteur nous expose tout d’abord l’anatomie et les voies de la perception olfactive, orthonasale et rétronasale, cette dernière pouvant créer une confusion entre le goût et l’odorat. S’il y a une régénération continue des neurones de l’épithélium olfactif, il faut mentionner que 5% de la population de plus de 65 ans présente une anosmie (perte totale de l’odorat), cause d’un manque d’un système d’alarme, d’une insécurité, d’une diminution de la qualité de vie, d’une dépression. Les causes sont multiples, allant de problèmes locaux (polypes, infections), à des causes plus générales (maladies systémique telles que Parkinson, Alzheimer, toxicité, troubles métaboliques, mais aussi idiopathiques) ou suite à un traumatisme crânien. Dans ce dernier cas l’anosmie concerne tous les âges. Le mécanisme incriminé est un cisaillement des fibres olfactives qui passent la lame cribriforme, lors d’un mouvement coup contrecoup du cerveau lors de l’impact, avec parfois des lésions des lobes frontal et temporal, suggérant que l’atteinte post-traumatique n’est pas toujours que périphérique.

Le projet REGROLF, pour Régénération de neurones olfactifs dans l’anosmie acquise a pour but d’étudier la meilleure façon de faire repousser les axones des neurones olfactifs de l’épithélium au bulbe olfactif. Nous avons pu identifier dans les premières étapes les enzymes stimulant la prolifération des cellules souches olfactives, rendant possible cette régénération, qu’il faudra cependant canaliser pour qu’elle se fasse correctement, permettant alors la récupération de l’odorat.

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